Walk with me – Kloof Street

Photo – Casey Curtis

FRENCH

1

Matin doux, matin froid. La nature sort de son hibernation nocturne et les humains peinent à sortir du lit, transis sous leurs duvets. Les oiseaux commencent à chanter. Les étoiles éteignent leurs lumières. Les rideaux des vieilles maisons victoriennes sont encore fermés. Il y a une odeur de café fraîchement moulu dans l’air, venant de Liquorice & Lime au coin de la rue. Le sommet de Kloof Street pourrait être l’endroit le plus haut du monde. Depuis mon point d’observation, je discerne le soleil qui pointe le bout de son nez dans ma direction, ses débuts de rayons réchauffent mes joues. Je suis presque sûre qu’il me voit, lui aussi, depuis son promontoir, derrière les montagnes de Stellenbosch. J’ignore pour quelle raison, je me retrouve toujours sur les hauts de Kloof Street. Peut- être parce que c’est à cet endroit que tout a commencé, lorsque je suis arrivée de Suisse. J’avais décidé d’échanger la quiétude de la campagne par une énergie électrique urbaine. Cette rue a toujours été un repère. Le lever du soleil sud-africain. Sa chaude lumière et sa couleur orange. La grandeur de Table Mountain et Lion’s Head, revêtus de cette même lumière matinale. Je me sens en sécurité, entourée de ces montagnes, réchauffée par le soleil. Si des touristes me demandent leur chemin, je mentionne toujours Kloof Street comme point de repère: ils peuvent s’orienter plus facilement et mieux comprendre ainsi la géographie de la ville. Quand mon subconscient conduit mes pieds sur les pavés de cette rue, j’observe la vue depuis ses hauteurs et me demande si quelque chose a changé. Toujours, je note les serveurs de Bacini nettoyant les dégâts du soir d’avant. Je remarque le même homme chauve en train d’acheter son petit-déjeuner au Seven/Eleven et regarder les mendiants avec dégoût. Il y a toujours les mêmes mendiants: pieds nus, pantalons ternes, pulls sales. En cinq minutes la rue se transforme en une fourmilière. J’inspire une bouffée d’air frais mais maintenant l’odeur est devenue humide: je sens les poubelles fraîchement ramassées. Je me félicite d’avoir mis mes trois clefs dans la poche de mon manteau, comme on m’a si souvent dit de faire. Je regarde à ma droite et note de légers mouvements sous la couverture sale des sans-abris qui squattent à côté du Bombay Bicycle. Même si je prends toujours mes précautions, je ne me sens plus effrayée: je me suis accoutumée à leurs présences. J’ai aussi l’habitude de voir la danse des taxis qui déposent femmes de ménage et jardiniers, et les voitures qui se précipitent au milieu. En retard pour l’école, en retard pour le travail. Cela fait partie de la beauté de Kloof Street. Toute cette énergie matinale me fait penser à la Suisse.

Photo – Casey Curtis

 

2

Le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque je décide d’interrompre ma contemplation et de continuer à descendre la rue. Je marche à côté d’un parc, initialement appelé “place de jeux”, mais essentiellement utilisé par les propriétaires de chiens. Alors que je croise un coureur, qui ignore mon ”bonjour”, je me mets à penser que , dans cette vie de ville dans les hauts de Kloof Street, personne ne sait qui je suis. Alors que dans ma rustique petite ville natale, je ne peux pas faire un pas dehors sans saluer quelqu’un ou que quelqu’un me salue. Je suis sûre que ces filles, se racontant des ragots dans un anglais moyen, buvant leur jus vert à Melissa’s, ne se rappelleront pas m’avoir fixée du regard. Pas plus que je vais me rappeler de la couleur de leurs rouges à lèvres. Les gens qui s’impatientent en attendant le bus sont perdus dans leurs pensées, probablement en train de dire du mal des transports publics. L’homme qui mélange ses oeufs Benedicts et son travail à Cocoa Oola est trop absorbé par l’exécution de ses deux tâches pour me remarquer. Je regarde les feux de circulation passer du rouge au vert et réalise à quel point les règles sont différentes d’une grande ville à un village. Par exemple, ici,  les conducteurs ne laissent jamais passer les piétons. Je dois toujours vérifier par deux fois que la route est libre avant de traverser. Les gens sont dans leur monde à eux, surtout le matin, quand la caféine n’a pas encore fait son effet. Comme pour cette femme dans son Opel Adam violette, elle ne réalise pas que la lumière est verte. J’observe avec amusement le concert de klaxons qui la réveille. Je croise un “hipster” fumant sa clope roulée et qui prétend sans doute aimer cela. Ici, sa dégaine ne choque personne, mais s’il lui prenait l’envie de porter son imperméable transparent et son col roulé dans ma ville natale, les gens penseraient de lui qu’il est ridicule. Il est trop différent. C’est peut-être cette différence qui fait des gens des êtres isolés. J’arrive à y concevoir une part d’héritage historique. Les Suisses partagent de mêmes caractéristiques, alors que Cape Town est peinte de beaucoup de différentes couleurs. Je ressens la solitude de la population. Je me surprends à me sentir isolée aussi, et, différente…

Photo – Casey Curtis

 

3

Je suis à mi-chemin et là le soleil m’éblouit déjà. J’ai trop chaud, je suffoque presque. J’aurais peut-être dû laisser mon manteau à la maison. Je note quelques gouttes de sueur qui coulent sur mes tempes. Soudain, je porte mon attention vers un couple en face du Checkers. L’homme et la femme portent de longs pantalons et des sandalettes rigolotes. Ils pourraient bien être des touristes perdus. Je décide de leur proposer mon aide. Je marche dans leur direction et pendant ce moment, je les observe. Il émane d’eux une énergie différente de celles des gens que j’ai remarqués jusqu’à présent. Lui semble avoir trop chaud et être gêné par son k-way bleu, parlant très vite à sa femme. Elle, tient un plan des City Sight Seeing Bus Tours à la main. Quand je les acoste, ils me regardent, sûrement en pensant que je suis une voleuse qui va chiper le chapeau de madame. Ou peut-être qu’ils pensent que je veux leur vendre quelque chose, comme ceux qui proposent des décorations artisanales au bord de la route. Je souris et utilise ma voix la plus calme. Le couple semble plus confiant. Ils me demandent si il y a un bus à proximité. Je  suis une étrangère pour eux, ils pensent sans doute que je suis d’ici. La femme a l’air un peu sceptique mais les deux finissent par avoir confiance dans mes explications: je mentionne Kloof Street comme point de départ, leur montre la rue sur la carte, décris les entourages et leur donne une direction. Mari et femme me remercient sincèrement et me demandent d’où je viens: je suis Suissesse, ils sont Allemands. Ils sont très contents de leurs vacances au Cap. “Good chat”. Ils s’en vont. Je me dirige vers la route. Je salue la femme musulmane qui vend des samosas en face du magasin. Ils sont les meilleurs, frais et faits maison. Quand je vais faire mes courses pour la semaine, j’en achète toujours. Je passe à côté d’Arnolds et le jeune serveur me sourit. On se reconnaît mutuellement. J’y vais souvent pour boire le thé et manger une énorme part d’un de leurs gâteaux exposés sous cloche dans la vitrine. J’arrive presque à la maison, donc je commande un café à Molten. La fille derrière le comptoir m’appelle “Babe” et me demande comment je vais. Et là, je me surprends à changer mon opinion sur les  habitants de la ville. Il y a un sentiment bienveillant, de la gentillesse. Comme pour confirmer ma pensée, en sortant du coffee shop, je reconnais la voiture de mon ami Arthur qui part au travail: il me fait un grand signe de la main pour me saluer, et j’entends aussi à l’arrière la serveuse du Molten qui me souhaite une belle journée. C’est cela que j’apprécie, comme l’environnement dans lequel j’ai grandi,  plein d’altruisme. Celui dans lequel je peux sentir une connection entre les gens. C’est comme cela que je me sens moi-même. C’est peut-être pour cette raison-là que je retourne toujours sur Kloof Street…

Photo – Casey Curtis

ENGLISH

1

Early morning. Nature is waking up from an overnight hibernation and humans are struggling to get out of their beds, numb under their blankets. The birds start chirping. The stars turn off their sparkles. The curtains of the old Victorian houses around are shut. There is a smell of freshly grounded coffee in the air coming from a place called Liquorice & Lime on the street corner. The top of Kloof Street feels like the highest place in the world. From my observation point, I discern the sun heading in my direction, his rays caress my cheeks. I am pretty sure it scrutinizes me from its promontory, behind Stellenbosch’s mountains. For some reason, I always find myself walking down Kloof Street. Maybe it is because this specific location is the first place I have been to, when I arrived from Switzerland. I decided to exchange my countryside lifestyle for a city one. The South African sunrise. Its warm light and orange in colour. The greatness of Table Mountain and Lions Head, coated with that early morning light. I feel safe, surrounded by the mountains, warmed by the sun. If tourists ask me for directions, I mention Kloof Street because they can orientate themselves easily and understand the periphery of the city. When my subconscious drives my feet back onto the street’s pavements, I observe the scenery from the top and I ask myself if something has changed. Always, I get a glimpse of Bacini’s waiters cleaning the dirt from the night before. I see the same bold business man, buying his breakfast at the Seven/Eleven and then, looking at the beggars with disgust. It is constantly the same beggars: barefoot, dull pants and dirty hoodies. Although an outsider would judge it unclean and unsafe. The dynamic of the area changes quickly as soon as the people put their noses out of their houses. Within five minutes the street is transformed into an anthill. I inhale an armful of fresh air but now the smell is a mix of humidity and freshly piqued rubbish bins. I am glad I put the three keys I have in the pocket of my running pants, like I have been told. I look on my right, and notice slight movements coming from under the hobos’ dirty blankets, squatting next to Bombay Bicycle. Although I have this safety precaution, I don’t feel scared anymore: I am used to them now. I am also acquainted with the upcoming busy dance of the taxis dropping maids and gardeners, and the cars rushing in between. Late for school, late for work. It is part of Kloof Street’s beauty. All that early morning energy makes me think about Switzerland.

Photo – Casey Curtis

 

2

The sun is already standing higher in the sky when I decide to stop my contemplation and start walking again. I walk next to a park, initially named a play area for children, but now used by local dogs’ owners. As I pass by a runner who completely ignores my “good morning”, I consider how, as part of a city life on the upper Kloof Street, nobody knows who anybody is. Whereas, in my rural home town, I cannot put a foot outside the house without greeting someone. I am pretty sure those foreign girls, gossiping in a broken English, while drinking their green juices at Melissa’s, will never remember staring at me. Nor will I remember their red lipstick. The people impatiently waiting for the Mycity Bus are lost in their own thoughts, probably cursing about the public transport systems. The man combining work and eggs Benedict at Cocoa Oola is too absorbed by performing both tasks to pay attention to me. I check the traffic light changing from red to green and realise to what extent the rules change from a village to a town. For instance, car drivers won’t let you cross the road at a robot. I always need to double check before I walk through a junction. People are in their own worlds, especially in the morning, when the caffeine has not kicked in yet. Such as this woman in her purple Opel Adam, not realising the light has turned green. I watch with amusement, the concert of hooters waking her up. A “hipster” smoking his rollie and pretending he likes it. His outfit is seen as normal here, but if he wore that kind of transparent raincoat mixed with a polo neck in my hometown, people would judge him as ridiculous. He is too different. Maybe this difference is what makes them isolated individuals. I recognize a part of history’s legacy in that. Inhabitants share the same characteristics in Switzerland, whereas Cape Town is painted by different colours. I feel the population’s loneliness. I surprise myself, feeling isolated as well and different.

Photo – Casey Curtis

 

3

I am mid-way and the already hot sun dazzles me. I am too hot, almost suffocating. I knew I should have left my coat at home. I notice some drops of sweat escaping on my temples. Suddenly, I also notice a couple standing in front of the Checkers. The man and woman are dressed up with long trousers and funny sandals. They could be lost tourists. I decide to ask them if they need help. I start walking towards them. For a moment, I spy on them. They have a different energy than the people I have been remarking until now. He seems too hot and bothered with his blue waterproof k-way, talking quickly to his wife. She is holding a City Sight Seeing Bus Tour map in her hands. When I accost them, they stare at me, most probably thinking that I am a robber who is going to steal the lady’s hat. Maybe they believe I want to sell them a piece of crafted art, like the ones created by the car guys on the other side of the road. I smile and use my softest voice. The couple looks more confident. They would like to know if there is a bus within close proximity. Although I am a stranger to them, they believe I am local. The woman looks sceptical but they end up trusting my instructions: I mention Kloof Street as a starting point, show it on the map, describe the surroundings and give them a direction. Husband and wife both thank me sincerely and enquire about my nationality: I am from Switzerland, they are from Germany. They enjoy their holiday here, although they think the society is a bit individualistic. Good chat. They walk away. I direct myself towards the road. I greet the Muslim lady who sells samosas in front of the shop. Her samosas are the best, fresh and homemade. When I go shopping at the shop and have some cash on me, I buy ten of them or even twenty. I walk passed Arnolds and the young waiter smiles at me. We recognise each other. I often have tea and a piece of their giant carrot cake displayed in the window. I am almost home, so I grab a coffee at Motlen. The girl behind the counter calls me “babe” and asks about my run. I surprise myself by changing my mind about the citizens. There is a feeling of caring and kindness. While I am going out of the coffee shop, as evidence, I recognise the silver polo of my friend Arthur driving to work. As he waves at me with his large hand, I hear from the back the waitress of Molten wishing me a good day. This is my climat. I have grown up with this altruism, this connection between people. It is where I can be myself. It is maybe the reason why I always come back to Kloof Street.

Photo – Casey Curtis

 

 

5 thoughts on “Walk with me – Kloof Street

  1. clemfavorites says:

    Très très chouette et bon article. Connaissant l’endroit je trouve que c’est très bien décrit avec un style particulier et personnel que je trouve super intéressant, bravo! Very very nice and good article. Knowing the area I think it is extremely well described with a particular style which is extremely interesting. Congratulations!

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  2. Maman Anne says:

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